Brian Kelly nous parle de l’accessibilité sur le Web

Entendez Brian Kelly de UKOLN parler de l’accessibilité sur le Web.

UKOLN est une organisation de recherche du Royaume-Uni qui vise à promouvoir la pratique et influencer les politiques dans les domaines suivants : les bibliothèques numériques, les systèmes d’information, la gestion des bibliographies et les technologies axées sur le Web.

Le 15 novembre 2007

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Transcription

Bonjour Brian. À votre avis, dans quelle mesure les établissements du patrimoine ont-ils réussi à rendre leurs ressources Web accessibles aux personnes handicapées?

Eh bien, je pense que grâce à l’Initiative d’accessibilité au Web (IAW), nous sommes parvenus à bien sensibiliser les gens à l’importance de permettre aux personnes handicapées d’avoir accès aux ressources numériques.

Je suis également d’avis que le secteur du patrimoine culturel a très bien saisi l’importance d’élargir l’accès aux ressources culturelles ainsi que la participation aux engagements culturels.

Dans ces conditions, je pense donc que le secteur du patrimoine culturel s’est montré disposé à utiliser les directives sur l’accessibilité élaborées dans le cadre de l’IAW afin d’appuyer les activités d’élaboration sur place, de même qu’au moment de déléguer l’élaboration de services relatifs au patrimoine culturel dans le Web.

Toutefois, je crois que ces dernières années, les entreprises ont éprouvé des difficultés à mettre en œuvre ces directives, et ce, pour de nombreuses raisons. Je crois qu’elles comprennent de plus en plus les limites de ces directives depuis leur première publication en1999. De plus, il est possible que d’une certaine façon, nous comprenions la naïveté des méthodes utilisées dans le cadre de l’élaboration des directives.

Nous constatons également que nous utilisons le Web de différentes façons. Ainsi, au moment d’élaborer les directives, on a grandement mis l’accent sur l’accessibilité des ressources informationnelles. On s’est posé la question suivante: «Quelles sont les heures d’ouverture du musée, et comment peut-on s’y rendre?»

De nos jours cependant, on utilise les sites Web de différentes façons, surtout lorsque le contexte culturel entre en jeu. Ils peuvent servir à divertir les utilisateurs, à les stimuler, ou peut-être à remettre en question certaines hypothèses. Dans ce contexte, l’accessibilité est beaucoup plus intéressante.

En plus des divers usages que l’on fait du Web, on observe également une gamme de progrès technologiques rapides, que l’on appelle souvent applications Web2.0. Celles-ci compliquent vraiment l’utilisation des directives WCAG1.0. D’ailleurs, MichaelCooper, qui travaille pour l’IAW, l’admettait dans un document distribué à l’occasion de la conférence de2007 du W4A, tenue à Banff plus tôt cette année.

Dans ce document, il mentionne: «Toutefois, nous reconnaissons que sur le marché commercial, les normes évoluent lentement et la technologie, rapidement.» [Traduction] Puis, il a ajouté: «À mesure que les technologies font leurs preuves, la normalisation amène l’universalité des avantages, mais suit nécessairement cette innovation.» [Traduction]

Je crois donc que nous observons actuellement les changements rapides du marché et les limites de quelques-unes de ces normes.

Excellent! Vous avez fait mention des applications Web 2.0. Un certain nombre de musées en plein essor perçoivent les applications Web 2.0 comme un moyen de mieux interagir avec le public. Quels défis en matière d’accessibilité ces technologies posent-elles?

Eh bien, je suis d’accord avec vous pour dire que les applications Web 2.0 peuvent offrir un grand nombre d’avantages pour ce qui est d’améliorer l’utilité et l’accessibilité des services offerts dans le Web. Par exemple, sur le plan technique, AJAX peut servir à fournir des applications plus faciles à utiliser pour tout le monde, et à offrir d’autres avantages aux personnes handicapées.

Par exemple, l’achèvement de la ligne de commande, où l’utilisateur tape les premières lettres de la demande et où l’application complète la série de caractères, peut s’avérer utile pour les personnes qui éprouvent de la difficulté à taper ou qui souffrent de dyslexie, entre autres.

Ensuite, d’un point de vue non technique, donnons l’exemple des applications Web 2.0 qui mettent l’accent sur le contenu généré par l’utilisateur; elles peuvent vraiment susciter plus activement l’intérêt des utilisateurs de services du patrimoine culturel à l’égard des ressources culturelles, et leur permettre d’être davantage que de simples consommateurs passifs.

L’utilisation des applications Web 2.0 offre donc de nombreux avantages, mais le fait de les utiliser d’une mauvaise façon peut également engendrer des difficultés. Mais il ne faut pas pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain. Par conséquent, on peut avoir une bonne application Web 2.0, une bonne application Web 2.0 accessible, et une application Web 2.0 mal mise en œuvre et inaccessible. Nous devrions donc rechercher les meilleures façons d’exploiter les applications Web 2.0.

Il s’agit d’un domaine dans lequel l’IAW, l’Initiative d’accessibilité au Web, élabore un nouvel ensemble de directives relativement aux meilleures utilisations des technologies de type AJAX.

Bien. Et dans quelle mesure des directives comme celles élaborées dans le cadre de l’Initiative d’accessibilité au Web (W3C) sont-elles utiles?

Comme directives, je crois qu’elles sont très utiles. Et je crois que nous, qui participons à des activités d’élaboration, examinons des questions stratégiques ou mettons des sites Web en service, devrions très bien comprendre ces directives. Mais je crois qu’elles ont toutes été élaborées dans un but précis : améliorer l’accessibilité.

De nos jours, toutefois, les directives WCAG 1.0 sont très désuètes. Je suggère donc que les concepteurs et les décideurs examinent attentivement les nouvelles directives provisoires WCAG 2.0 qui, on l’espère, seront publiées tôt en 2008, et qu’ils utilisent ces directives pour orienter leurs activités d’élaboration et les politiques.

Selon moi, toutefois, il ne faut pas oublier qu’il ne s’agit que de directives, et nous ne devrions pas penser qu’elles fournissent un moyen infaillible de présenter des sites Web accessibles.

D’ailleurs, j’avancerais que l’accessibilité universelle constitue malheureusement un rêve illusoire. Prenez, par exemple, mon grand titre préféré dans le domaine du sport : « Super Cali Go Ballistic, Celtic Are Atrocious ». Ce genre d’énoncé fait souvent sourire les partisans de football britanniques qui comprennent le jeu de mots et ses références à « Mary Poppins ». Mais pour ceux qui ne connaissent pas « Mary Poppins » ou qui ne comprennent pas l’analogie sportive, l’énoncé n’évoquera rien du tout. Il est donc inaccessible dans un sens culturel, mais également aux gens souffrant du syndrome d’Asperger, qui ne comprendront peut-être pas le jeu de mots.

Il s’agit là d’un exemple de quelque chose qui n’est pas universellement accessible, mais je trouverais malheureux que nous perdions de tels mots d’esprit. Il ne s’agit que d’un simple exemple qui explique pourquoi j’estime que l’accessibilité universelle constitue peut-être une aspiration qui prête à confusion. J’ai le sentiment que nous devons reconnaître que, comme dans de nombreux aspects de notre vie, des décisions devront être prises et qu’on devra accepter les compromis.

Excellent! Merci. Vous avez formulé de très bonnes observations et soulevé de très bons points, Brian. Je tiens vraiment à vous remercier d’avoir pris le temps de nous parler aujourd’hui.

Il n’y a pas de quoi.


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